Du ouaouaron

Si, dans leurs fables respectives, Phèdre, La Fontaine et Krylov étaient d’accord pour faire éclater la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf, ce n’est cependant pas le cas de Damasippus quand il la compare à Horace dans les Satires de ce dernier, dont un cri de rage interrompant son interlocuteur lui confère depuis 1632 le statut du plus visionnaire des quatre car ayant prévu l’existence naturelle de la grenouille-taureau qui mugit en Amérique du Nord. En effet, en période estivale, le ouaouaron y meugle ses vingt centimètres de long – sans éclater – pour attirer ses semblables.

Encore de nos jours, la grenouille veut se faire aussi grosse que le bœuf. Eh oui, « tel boutiquier veut le même avantage qu’un citoyen de haut étage ». Or l’ascenseur social étant en panne, ne lui restent que deux solutions ayant toutes deux pour prémisse sa métamorphose en ouaouaron. Car qu’il meugle sa frustration en gonflant sa poitrine jusqu’à l’éclatement, ou qu’il use de ses pattes arrières pour battre le record de saut en longueur de son espèce dans les escaliers, il doit avant tout accepter sa condition de grenouille, et ne pas se prendre pour un bœuf.

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